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par Léa Taïeb
janvier 23, 2019

Interview de Yvonne Léon, créatrice de la marque de joaillerie éponyme

Concise. Yvonne Léon évite le superflu. Elle fabrique ce qu’elle avait gardé enfoui. Il y a cinq ans, elle s’est lancée. Tout ce qui était gribouillé ou croqué dans son carnet a fini en bijoux. Tout naturellement. Sans rien préméditer, ça a roulé. Depuis, elle a ouvert une boutique, rive gauche. En attendant, l’ouverture d’une deuxième enseigne, Yvonne se balade, dessine et matérialise ce qui rend la femme coquette. Rencontre avec une créatrice qui a “la joaillerie dans la peau”.

« Regardez. Lisez… »

 

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l'interview

TOWNHOUSE (LÉA)

Aujourd’hui, créatrice de Yvonne Léon Paris, une maison française de bijoux, quelle est votre histoire professionnelle ?

YVONNE LÉON

J’ai suivi une formation dans une école de mode, Esmod. Suite à cela, j’ai multiplié les stages aussi bien dans la presse que dans le prêt-à-porter. Et après je suis revenue à la joaillerie. Enfin, je ne suis pas revenue, car je n’y étais pas. Comme ma famille travaille dans la joaillerie, c’était une évidence de re-baigner dans ce milieu-là.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel a été le déclic pour reprendre contact avec « la joaillerie de votre enfance » ?

YVONNE LÉON

Je n’ai jamais vraiment lâché la joaillerie. En parallèle de mes expériences professionnelles, je développais des projets, des créations en lien avec la joaillerie. Faire de la joaillerie, c’était la suite logique. Je n’ai pas dit : “j’arrête quelque chose pour la joaillerie”.

TOWNHOUSE (LÉA)

Comment se construit Yvonne Léon, une marque française, vintage et qui a un « regard neuf » sur la joaillerie ?

YVONNE LÉON

Il y a cinq ans exactement, j’ai créé ma société. Ça été très naturel. J’ai réalisé plusieurs modèles ou j’ai repris des modèles que j’avais imaginé, il y a dix ans. J’ai réuni toutes mes idées, ce qui a donné lieu à une collection. Je dirais même que ma collection s’est construite toute seule, sans plan marketing. Puis, j’ai rencontré très vite des revendeurs importants comme Montaigne Market et Browns à Londres. Beaucoup de portes se sont ouvertes. La demande était là. Ça s’est bien goupillé.

TOWNHOUSE (LÉA)

Comment faîtes-vous pour « créer » un bijou ?

YVONNE LÉON

Au début, tout part d’une envie de porter. D’associer le produit à une tenue, à un moment. L’envie, peut très bien venir d’un tableau, d’un objet ou d’une gamme de couleurs. Jamais, je n’imagine un produit parce qu’il manque à la collection. A partir de mes idées, je fais des croquis. Sur le papier, j’assemble ce que j’ai envie d’assembler. Ensuite, je développe un échantillon 3D, une maquette, une cire pour le volume (comme une cire de dentiste) et le bijou sort.

Quant à la distribution, j’organise mes rendez-vous de collection en période de Fashion Week. Sinon, j’échange par mails avec les clients qui commandent.
Ce qui différencie Yvonne Léon, dans la façon de faire, c’est que je porte les bijoux que je fabrique, je les essaie, je vérifie s’ils sont portables. Je vis avec. Je m’approprie le bijou. Ce n’est pas juste quelque chose que j’imagine et que je vends.

TOWNHOUSE (LÉA)

D’où vient votre marque de fabrique ?

YVONNE LÉON

Un bijou Yvonne Léon, c’est un bijou qui me plaît, qui plaît à mon équipe. Que j’ai envie de fabriquer. Qui a un côté ludique. Qui me fait sourire. Qui est bien pensé au niveau des volumes. Qui est d’inspiration vintage notamment dans le travail de l’or. On essaie toujours de faire en sorte, que le bijou soit porté autrement.

Notre ADN, c’est de mélanger un crabe avec une viviane, ce mélange des genres. Aussi, en tant que marque de joaillerie, nos boucles d’oreilles sont vendues à l’unité, c’est notre particularité. La cliente est libre d’en porter une ou deux, tout dépend de son style. Si elle est plutôt classique, elle achètera la paire.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous confiez venir d’une famille de « créateurs - joailliers », quelle est donc votre définition de la créativité ?

YVONNE LÉON

Petite, je voyais mon père créer des modèles à partir d’une pâte à modeler. Il y posait des pierres. Peut-être que ça m’a influencée. Je ne sais pas.
Mon père est un modèle, d’une certaine façon. Il est à l’origine du dessous d’oreilles en diamant. Il l’a fabriqué pour ma mère dans les années 80 parce qu’elle ne voulait pas se percer une deuxième fois l’oreille. Cette technique, permet de donner du mouvement, d’ajouter de la créativité. C’est une création de famille, que j’ai retravaillé après avec des abeilles, des perles.

L’œil de mon père compte encore aujourd’hui. Son métier de sertisseur donne un point de vue très technique. Il me conseille sur les volumes, pour qu’ils s’adaptent au mieux à l’oreille.
(hésitations)

Moi ce que je n’aime pas faire, c’est voir ce que font les autres. Inconsciemment ça donne des idées. Et ce n’est pas ça la créativité. La créativité, c’est s’écouter.
Je préfère avoir le champ libre. Plus j’ai des directives, plus j’ai des difficultés à créer.

TOWNHOUSE (LÉA)

Si un jour, votre inspiration peine, que faîtes-vous pour vous la retrouver ?

YVONNE LÉON

Quand ça arrive, je n’y pense pas. Je me laisse aller. Je pense à autre chose. Je ne me force pas. Il n’y a pas de règle. Même si, les puces et les brocantes m’aident à me ressourcer.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous vous réveillez que se passe-t-il ?

YVONNE LÉON

Le matin, je prends pas mal de café. J’emmène mon fils à l’école. Je vais au bureau et le soir, je ressors (rires). Ah et j’ai presque oublié, sur le chemin pour aller au travail, je prends toujours un café, dans un café de quartier du 1er arrondissement.

Mon programme change tous les jours. En fonction des mails du jour, on établit une liste de tâches, qui n’en finit pas. C’est comme ça que l’on fixe les priorités, les objectifs. Pour créer une collection, je me bloque des tranches horaires, pour éviter d’être débordée. Ou sinon, il m’arrive d’imaginer la collection de chez moi. Pour sortir une collection, je peux travailler une semaine ou un mois, ça varie. En moyenne, je réalise quatre collections par an, ça peut varier. Il n’y a pas de règle, parce qu’on a sans cesse des nouveautés. Je n’ai pas envie de me limiter à des collections. Je veux pouvoir produire quand je le souhaite.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quelle est la marque ou le créateur que vous avez tendance à encenser et à recommander ?

YVONNE LÉON

J’en ai trop ! Pour le prêt-à-porter, j’aime Jacquemus parce que tout simplement, c’est bien coupé, je remarque le travail dans les coupes. Je porte aussi Acne. C’est original, peu commun et portable. Il y a aussi Barrie, que j’aime beaucoup. J’admire le travail de la maille. C’est raffiné.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel est votre regard, votre analyse sur la joaillerie et son industrie ?

YVONNE LÉON

Les mentalités changent. Ce n’est plus à un homme d’acheter une pièce de joaillerie à sa femme. Les femmes se font plaisir, le bijou est désormais, un accessoire comme un autre.

Dans le futur, j’imagine que la joaillerie sera plus accessible. On consommera autrement, peut-être que l’on consommera plus pour changer plus souvent. C’est ce que je constate déjà avec mes clientes, qui sont des fidèles. Elles ont envie d’une boucle d’oreilles, puis d’une bague, puis d’une deuxième boucle d’oreilles. Je vois aussi qu’elles portent le bijou qu’elles achètent, elles ne le mettent pas au coffre.

TOWNHOUSE (LÉA)

Votre citation – manifeste (que vous partagez à qui veut l’entendre) ?

YVONNE LÉON

Qui ne tente rien, n’a rien !

L’ouverture de la boutique, c’était un challenge, le moment pour ouvrir n’était pas forcément le bon. Et puis, on est allés au bout. On l’a fait il y a un an et demi. La cerise sur le gâteau. C’était important pour la marque d’évoluer et d’avoir une boutique en nom propre.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous travaillez dans quel cadre, quel est votre espace de travail ?

YVONNE LÉON

C’est vraiment le bordel, mais je m’y retrouve toujours. Je n’en bouge pas. Je ne suis jamais loin. Vous y trouverez toujours une tasse de café et des cookies ou quelque chose qui y ressemble.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel bijou Yvonne Léon ne vous quitte pas d’un pas ?

YVONNE LÉON

C’est le feuilletis. Un long sautoir en or blanc et diamant, inspiration vintage. Je le porte tout le temps, la journée comme le soir. Je l’enlève, bien évidemment pour dormir. C’est un modèle qui va avec n’importe quelle pièce. L’un des premiers bijoux que j’ai sorti.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel avenir pour Yvonne Léon Paris ? Un secret à ne pas garder ?

YVONNE LÉON

On voudrait ouvrir une deuxième boutique, plutôt rive droite. Le projet est en devenir !

Aussi, il y a un an, on a lancé une collection capsule en or 9 carats, plus accessible au niveau du prix et toujours dans l’esprit de la marque. La ligne repose moins sur le diamant et l’alliage est différent, sans être de moins belle qualité. La collection capsule s’enrichit au gré des saisons et des collections. Il y a du nouveau, tout le temps.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous auriez un conseil à donner à ceux qui souhaitent entreprendre ?

YVONNE LÉON

Faîtes ce que vous voulez faire !