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par Léa Taïeb
mars 12, 2019

Interview d’Adrien Garcia, Fondateur du Podcast « Entreprendre dans la Mode »

S’il vous arrive de le croiser dans la rue, vous aurez de la chance. Adrien Garcia porte en lui mille et une merveilles. Mille et une obsessions, inspirations, ambitions, engagements.

Si vous prêtez attention à sa silhouette, vous verrez un homme peu embarrassé par le superflu. Un homme simple.

Un homme compliqué aussi, parce qu’en lui s’emmêlent les questions, les réponses aussi.

Un homme complexe, en fin de compte. Si vous l’observez de près, vous verrez des yeux écarquillés. Un regard qui réclame quelque chose. Qui réclame du neuf. Qui a faim. Faim de vie. Faim de création.

 

« Regardez. Lisez et Écoutez. »

 

Pour écouter l’intégralité des podcasts cliquez ici

Lien: https://soundcloud.com/entreprendre-dans-la-mode

l'interview

TOWNHOUSE (LÉA)

Aujourd’hui, créateur du podcast Entreprendre dans la monde, quel a été votre premier contact avec l’industrie de la mode ?

ADRIEN GARCIA

La première fois, j’étais tout gamin. C’était sans doute, avec le sac de ma mère, un modèle vintage Louis Vuitton. C’était à ce moment-là, que je suis tombée amoureux de l’objet, de la mode. Dans le sac à main, on ne peut échapper au côté sensuel de la matière, du volume. C’est un objet qui vient finir une silhouette de mode.

En grandissant, j’ai rencontré les magazines de mode, dont Madame Figaro (que lisait ma mère) (rires) et Elle. Et quelques temps plus tard, j’ai acheté mes premiers magazines : Crash Magazine, We are different (Wad) et Vogue, bien entendu.

TOWNHOUSE (LÉA)

Comment devient-on celui que vous êtes ?

ADRIEN GARCIA

Quand j’ai décidé de ma vie professionnelle, je n’ai pas pris le bon embranchement. J’ai étudié en école hôtelière puis en école de commerce, des formations qui me servent aussi aujourd’hui. J’étais dans une logique de reproduction sociale : faire la même chose que mon père, être comme lui, un businessman. Avec ce raisonnement, j’ai enfoui ma partie créative, celle que j’avais en moi avec le dessin ou la batterie. J’ai tout simplement mis de côté la mode, parce que je pensais : ce n’est pas pour moi. Je suis issu d’une famille plutôt d’origine ouvrière, dans ces conditions : les métiers créatifs ne sont pas considérés, même pas en option. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai été frustré, frustré parce que la créativité n’était pas au cœur de mes fonctions. Donc à 28 ans, j’ai changé de voie. Je suis retournée à l’école, cette fois-ci dans une école de mode, le Studio Berçot.

Donc aujourd’hui, je me définis comme un designer, parce que je suis designer. Mais aussi comme un podcaster. Oui, parce que j’ai lancé Entreprendre dans la mode, un podcast pour assouvir ma curiosité et rencontrer le milieu de la mode en personne. La mode, c’est un monde assez complexe, qui compte beaucoup de métiers, donc beaucoup d’acteurs : il y en a pour tous les goûts. J’ai donc ressenti le besoin de rencontrer toutes les personnes que j’admirais, que j’admire toujours, et qui font la mode. Ce podcast était le moyen le plus efficace pour rencontrer des personnalités et avoir des réponses à mes questions. Quant à entreprendre dans la mode, j’y pense. J’espère devenir entrepreneur à un moment ou à un autre.

C’est tout, pour mon parcours !

TOWNHOUSE (LÉA)

Comment se lance LE podcast des entrepreneurs et des acteurs de la mode ?

ADRIEN GARCIA

Très simplement. Quand on démarre un projet, on se fait toute une histoire de ce qui pourrait arriver. On s’imagine tout et on se prépare à l’irréalisable. Pour calmer son imagination, il faut réduire le projet à un premier pas, dans mon cas, par une première interviews. Tu tapes à la première porte. Je me suis donc adressé à une connaissance. Et à la fin de chaque interview, je pose à la personnalité que je reçois : qui souhaiterais-tu entendre dans ce podcast ? Les invités ouvrent leurs carnets d’adresses et t’introduisent auprès de leurs réseaux. Et comme le podcast est bienveillant, bien mené, les gens disent oui. C’est donc comme ça que l’on réussit à créer un podcast qui a un peu de notoriété, en particulier dans la mode. Et petit à petit, je commence à être connu ailleurs que dans le petit monde de la mode. Je franchis les frontières.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quelle est ta technique pour mettre en confiance, faciliter le dialogue avec l’invité ?

ADRIEN GARCIA

Très concrètement, je suis à l’écoute, je prête l’oreille et je le montre. Et puis, en amont, je prépare vraiment l’interview. Comme ça, au moment de l’enregistrement, nul besoin de notes. J’ai en tête quelques thèmes, que j’aborde au fil de la conversation, au moment opportun. Je rappelle toujours en début d’interview, que je ne suis pas là pour piéger mes invités, je suis là, parce que je suis intéressé par leurs trajectoires, leurs personnalités. Les invités parlent librement. Si jamais, ils ont l’impression d’avoir dit une bêtise, on peut toujours l’effacer. Donc ma technique pour instaurer un climat de confiance consiste à montrer, que je ne suis pas là pour arnaquer. Ma démarche est hyper-sincère.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quelles sont les missions d’un designer au quotidien ?

ADRIEN GARCIA

Aujourd’hui, dans les grandes maisons, le cycle de la mode se divise en quatre temps : deux défilés principaux et deux pré-collections.

Donc ce qu’il se produit en général : en tant que designer, t’as une impulsion du Directeur Artistique (DA), celui-ci t’impose un thème sur lequel travailler. Toi, tu reviens vers lui après quelques jours de recherche en bibliothèque, sur internet, dans des boutiques vintage, tu complètes la direction du DA avec de nouvelles images, de nouvelles inspirations. Une fois qu’il a choisi les idées les plus fortes nous lançons les premiers proto (prototypes). Une fois, que tu as reçu tes prototypes, quelques jours après, tu les montres au DA, qui commente, ajuste, modifie. Il y a plusieurs allers-retours (3 ou 4) , cela dure environ trois mois. Puis, tu arrives à un produit qui convient aussi bien au DA, qu’au marketing et au merchandising.

Ces deux départements sont systématiquement impliqués dans le processus de création, ils font en sorte que le produit corresponde à l’offre-produit, réponde à un besoin. Le raisonnement c’est : te pousser à créer un produit qui n’existe pas encore. Le produit final, est un compromis ou un mix entre l’image et la partie commerciale.

TOWNHOUSE (LÉA)

Le réveil sonne. Vous ouvrez les yeux. Après cela, que vous arrive-t-il ?

ADRIEN GARCIA

C’est nouveau, je commence à mettre en place une nouvelle habitude : ne plus regarder Instagram, mais regarder Feedly : une application qui permet d’agréger toutes les nouvelles publications des sites internet, auxquels je suis abonné, dont Tumblr.

Ce réseau social est une mine d’or ! Donc avec Feedly, en un clic, je vois toutes les nouvelles publications que je ne pourrais pas voir autrement. Avec l’algorithme d’Instagram, l’œil n’est pas rafraîchi.

Pour compléter ma routine matinale, j’ai l’habitude de méditer 20 minutes puis de faire 30 pompes, 50 abdos et la planche. C’est une vraies discipline.
Sinon, dans le métier de designer, il y a des périodes consacrées. Il m’arrive donc de passer des journées entières à dessiner des prototypes ou des journées à creuser, à faire des recherches.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel est votre rapport à la création ?

ADRIEN GARCIA

J’ai toujours eu le besoin de créer. C’est d’ailleurs pour ça, que j’ai toujours eu des « side projects », qui permettaient la création. Peu importe le moment de ma vie, je m’investissais ailleurs : je jouais dans un groupe de musique, je lisais des bouquins, je m’offrais des virées au musées, je découpais des photos dans des magazines pour en faire quelque chose.

Plus tôt, j’ai voulu me lancer dans le business des cartes postales, et j’étais la personne qui concevait les cartes postales. J’ai aussi voulu créer un magazine online. En fait, je ressens le besoin de me nourrir quotidiennement, en permanence.

Et si on y réfléchit, avec le podcast, tu fabriques quelque chose, tu poses des questions, tu mènes un entretien et tu réalises aussi des posts Insta. Toutes ces actions sont créatives.

Tu peux être créatif dans tout au quotidien. Ta vie peut-être créative.

TOWNHOUSE (LÉA)

Comment pourriez-vous définir la créativité, en une phrase ?

ADRIEN GARCIA

La créativité consiste à mixer plusieurs inspirations pour faire quelque chose de nouveau.

TOWNHOUSE (LÉA)

Qu’est-ce que la touche Adrien Garcia ?

ADRIEN GARCIA

Je pense que développer la touche Adrien Garcia, c’est le travail d’une vie ! Je suis trop jeune, et en tant que designer, je ne sais pas encore qui je suis. Je n’ai pas encore tout vu. Avoir une patte, prend du temps, plus de temps que deux ans.

Pour autant, j’ai des obsessions. Je suis fasciné par l’esthétique des sports extrêmes. Il y a une série sur Netflix : Fearless, que je recommande, qui met en scène des « bull riders », des personnes qui font du rodéo sur de grosses vaches. Dans ce scénario, l’idée de repousser ses limites revient, c’est quelque chose qui me parle. Parce que visuellement, c’est hyper beau, c’est fort.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel est votre regard, votre analyse sur le monde de la mode ?

ADRIEN GARCIA

Eh bien, j’ai vraiment été surpris parce qu’au début d’Entreprendre dans la mode (le podcast), j’ai rencontré des tas de gens, et ces profils sont assez loin des clichés, des préjugés. On a plus affaire à des personnes, très terre-à-terre, très professionnelles. Ce sont des amoureux de l’image, de l’artisanat, des passionnés. Ces gens-là sont obsédés par le travail. Ils ne pensent qu’à ça.

Quand on ne fait pas partie de l’industrie de la mode, l’image que l’on peut avoir de ces « gens de la mode » n’a rien à voir avec la réalité. On se dit qu’ils sont superficiels ou à côté de la plaque. Et je peux comprendre ce point de vue. Or, ce que je vois c’est que les personnes que je rencontre, sont des passionnés. Qui ont les pieds sur terre.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel est le créateur que vous avez tendance à encenser ?

ADRIEN GARCIA

Il y en a tellement ! Comme je fonctionne aux “obse” (obsessions), en ce moment j’en ai deux. Il y a deux entrepreneurs que j’adore, que j’admire et qui m’inspire particulièrement. Le fondateur de Patagonia, Yvon Chouinard. Lui s’est donné une mission : sauver la planète. Et je recommande sincèrement son bouquin : Let my people go surfing. J’aime aussi l’univers de Ben Gorham, créateur de Byredo : ce type m’inspire.

TOWNHOUSE (LÉA)

Votre citation – obsession ?

ADRIEN GARCIA

C’est une citation qui se trouve sur mon téléphone, en fond d’écran. Elle est tirée de mon podcast et a été prononcée par Bastien Daguzan, le CEO de Paco Rabanne. Il dit : «  le ciment d’une boîte, c’est de donner envie ». Et je suis tout à fait d’accord avec cette idée. Le propre de la mode, c’est donner envie. Si t’as pas compris ça dans la mode, t’as rien compris ! Et même en interne, le manager doit faire en sorte que l’on ait envie de travailler, pour cette boîte, que ce soit sexy.

Et j’ai en tête une autre citation : « à quoi ça ressemblerait si c’était facile » de l’entrepreneur, Tim Ferriss. Autrement dit : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple. C’est un peu sa philosophie de vie. Et j’adhère.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous vivez à Paris, quel est le lieu qui vous représente (là où vous vous sentez chez vous) ?

ADRIEN GARCIA

Je me sens bien dans mon quartier : Château d’eau. Je n’ai pas encore trouvé le café, le café qui me représenterait. J’aime bien changer d’un jour à l’autre. Pour Entreprendre dans la mode, je bois beaucoup de café avec mes invités et j’aime bien découvrir de nouveaux lieux. Je garde toujours en tête l’idée de changer de cadre pour pouvoir être inspiré. Les designers ont besoin de nouveauté en permanence, pour exciter l’œil. Donc se balader de quartier en quartier, c’est un bon moyen pour réveiller sa créativité, s’étonner, être à l’affût.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel objet ne vous quitte pas d’un pas ?

ADRIEN GARCIA

Comme pour tout, j’aime bien changer (sauf de copine) ! J’ai besoin d’être libre, de ne pas m’attacher, d’être indépendant. C’est sûrement un trait de caractère qui vient de ma famille, une famille d’immigrés. On ne s’attache pas aux objets. Le côté matériel c’est superflu, ce n’est pas ce qui compte. C’est comme ça que j’ai été éduqué. Je ne veux surtout pas être dépendant d’un objet, qui pourrait avoir une incidence sur mon bonheur ou quoi que ce soit. Même si, j’aime les belles choses, évidemment !

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous travaillez dans quel cadre, à quoi ressemble votre espace de travail ?

ADRIEN GARCIA

Quand je travaille sur une collection de sacs, c’est le bordel ! Je pense que le désordre fait partie du processus créatif. Autour de moi, j’ai à disposition sacs vintage et objets qui me servent d’inspiration. Dans la mode souvent, tu fais des maquettes pour être concret, très tôt : pour que le produit soit fabriqué le plus tôt possible.

La feuille blanche, pour créer, c’est un mythe. Chez Balenciaga par exemple, on part toujours d’une base, que l’on transforme, que l’on découpe, que l’on recolle. Donc ça implique le bordel. Et le foutoir peut durer plusieurs jours. Et après cette période, je range tout, tout redevient carré.

TOWNHOUSE (LÉA)

La suite, vous l’envisagez comment ?

ADRIEN GARCIA

Moi je veux encore être designer le plus longtemps possible. Soit intégré dans une maison soit en free-lance, ce métier me nourrit. Mon podcast aussi me donne beaucoup à penser, parce qu’il y a un côté business, tout en me permettant de rester en veille sur ce qui se fait dans la mode. Je vais donc continuer, je vais peut-être le faire évoluer. Je réfléchis à consacrer quelques épisodes à des thématiques hyper-particulières comme la mode durable. Je suis ouvert à la nouveauté.

Et à moyen-terme, je voudrais créer avec toujours l’idée de faire quelque chose d’utile, d’apporter ma pierre à l’édifice. Les problématiques d’environnement et de société donnent l’occasion de changer de modèle, de penser une autre façon de produire. Parce que là, on marche sur la tête. Dans les grandes maisons, les créatifs sont complètement déconnectés de la réalité, de la production. Ils ne savent pas qui produit, où se déroule la production, dans quelles conditions. Et cet éloignement fait que l’on arrive à des aberrations ! L’industrie de la mode n’a pas encore pris le sujet de l’environnement à bras le corps.

TOWNHOUSE (LÉA)

Un conseil à donner aux personnes qui vous écoutent, qui voudraient entreprendre dans la mode ?

ADRIEN GARCIA

Il faut écouter son cœur plutôt qu’écouter sa raison. C’est en étant rationnel, que l’on agit pour les mauvaises raisons ! Au fond de toi, tu sais ce qui est bon pour toi, et ce qui ne l’est pas. Mais c’est pas toujours évident d’appliquer ce conseil-là.

Et je pense que l’on ne doit pas oublier que tout prend du temps : chaque réussite ou parcours de vie demande patience et persévérance ! On a souvent tendance à regarder le résultat, pas le chemin, c’est dommage.

TOWNHOUSE (LÉA)

Et vous, vous écoutez quoi ?

ADRIEN GARCIA

Il y a un nouveau podcast que j’ai découvert, qui fait avancer le schmilblick : Impact Positif. C’est vraiment le podcast qui met en valeurs les gens qui s’engagent, qui s’expriment, qui prennent position sur les sujets d’environnement, d’éthique ou de société. Quand on l’écoute, on a envie de tout remettre en question. C’est la dernière révélation.